Analyse et focus sur les secteurs clés

L’accélération de l’épidémie en Europe a provoqué une large vague de panique sur les marchés. Si toute la cote a été balayée, les chutes ne sont pas d’une ampleur identique pour tous les secteurs.

Certaines valeurs qui avaient relativement tenu le coup ont finalement été emportées depuis 2 semaines. Les secteurs les moins affectés par la crise sanitaire ont été la santé, les télécommunications et la distribution alimentaire.

A l’inverse, les investisseurs se sont délestés des activités les plus cycliques. Le tourisme ou les « basic ressources » ont immédiatement chuté dès le début de l’épidémie en Chine. Puis, lors de la deuxième jambe de baisse, alimentée par les actions massives des banques centrales, les secteurs de la banque, de l’assurance et de l’immobilier ont décroché. Également, l’aéronautique et la construction ont véritablement plongé après les mesures prises par les gouvernements limitant fortement les transports.

Notons enfin, les cas de l’automobile qui doit relever les défis majeurs de l’électrification et de la conduite autonome en un laps de temps « impossible » et du pétrole qui outre le choc de demande subit une guerre ouverte entre Saoudiens, Russes et Américains provoquant un choc sur l’offre également.

 

FOCUS SECTEURS

1. La distribution
Autorisation gouvernementale en poche, les Français prennent facilement la direction des grandes surfaces alimentaires. Certains ont même rempli à ras bord leurs caddies, achetant pâtes, riz et conserves comme pour tenir un siège ! D’autres ont passé leurs commandes sur Internet et se sont fait livrer ou sont passés les chercher dans les nombreux « drives ».
Ainsi, pendant cette période de confinement, le chiffre d’affaires de Carrefour et de Casino devrait rester soutenu. C’est pourquoi leurs cours ont si bien résisté pendant la purge boursière des derniers jours. Ces valeurs ont joué un rôle défensif.

Carrefour (présent dans certains portefeuilles gérés par WiseAM) devrait continuer son redressement sous la houlette de son PDG M. Bompard, à condition, bien entendu, de bien gérer cette période difficile : la logistique sera le nerf de la guerre. Maintenir les liens avec le monde agricole, convoyer les camions, gérer les stocks seront autant de défis à relever en période de pandémie.

2. La santé
C’est là encore, un secteur qui devrait continuer à émerger dans le marasme boursier actuel, même si, selon les métiers, le degré de résistance varie.

Les grands laboratoires pharmaceutiques ont globalement bien résisté. Outre le fait que leur activité de ventes de médicaments ne devrait pas faiblir, ils sont tous sur les rangs pour trouver des solutions thérapeutiques au CODIV-19. Mais, les grands gagnants du secteur sont sans conteste les acteurs du diagnostic qui participent au dépistage du coronavirus (Eurofins, Biomérieux).
Le seul segment de la santé à ne pas avoir joué son rôle de valeur « refuge » est celui des maisons de retraite, dont les résidents sont des personnes âgées très fragilisées face à l’épidémie. Toutefois, Korian et Orpea pour ne citer qu’elles, ne nous semblent pas subir des baisses excessives, ces sociétés disposant d’une rare visibilité.

Sanofi (présent dans certains portefeuilles gérés par WiseAM), associé à l’agence de recherche biomédicale du ministère américain de la Santé développe un vaccin. Par ailleurs, la biotech Regeneron, partenaire du laboratoire français, a identifié des centaines d’anticorps susceptibles de contribuer au traitement des patients contaminés par le coronavirus. Enfin, le laboratoire français va offrir des doses de son antipaludique (à base de chloroquine), après des essais prometteurs mais restant encore à valider à ce jour.

3. Les foncières cotées
Réputées défensives, elles n’ont pas échappé au bain de sang. Si le cours des foncières a décroché, c’est surtout en raison du risque locatif. Dans le cas des sociétés propriétaires de centres commerciaux, fermés jusqu’à nouvel ordre, les commerçants locataires sont durement frappés par l’épidémie, après avoir déjà subi la crise des gilets jaunes puis les grèves dans les transports. Des reports de loyers devront parfois être négociés, et les impayés risquent de progresser.

WiseAM (notamment pour le compte de l’OPPCi WiseIMMO) a indiqué avoir débuté un « dialogue actif » avec ses locataires pour savoir comment répondre à « ces défis sans précédent ». Unibail (présent dans certains portefeuilles gérés par WiseAM) a expliqué être en train de réduire « activement » ses dépenses non liées aux charges de personnel et de reporter les investissements jugés non essentiels. Il fera également usage de toutes les possibilités permises par les gouvernements nationaux pour « soutenir les entreprises durant cette crise ».

 

 

4. Les banques
Les cours des actions bancaires ont fléchi rapidement de plus de 50%. Les décotes, marques de défiance du marché, sont désormais considérables par rapport aux actifs nets tangibles (hors actifs incorporels), soit 50 % pour Crédit Agricole, 60 % pour BNP Paribas ou presque 75% pour Société Générale. Cette hiérarchie correspond en fait à celle de la rentabilité de ces fonds propres de 2019.

Quant aux dividendes, ils offrent maintenant, sur la base des dividendes annoncés lors de la présentation des résultats, des rendements bien supérieurs à 10 %. Mais cela traduit d’évidence un risque élevé de baisse de ces coupons car leurs bénéfices vont être affectés par des pertes ou des provisions sur les prêts aux entreprises. Concernant les besoins de capitaux, les autorités ont déjà prévu de réduire les ratios de solvabilité à respecter.

BNP Paribas (présent dans certains portefeuilles gérés par WiseAM) affiche un solide ratio de fonds propres de 12,1% à fin 2019. Le dernier actif net tangible s’établit à 69,70 euros, laissant ressortir une forte décote du titre. La charge du risque devrait croître du fait des difficultés des entreprises clientes, mais la valeur offre l’un si ce n’est le meilleur rapport rendement/risque.

5. L’aéronautique
Confinement et fermeture des frontières obligent, les compagnies aériennes stoppent leurs activités pour plusieurs semaines et coupent dans leurs dépenses. Même les compagnies américaines ont sollicité l’administration Trump pour un soutien financier de 60 milliards de dollars. L’Association Internationale du Transport Aérien a demandé aux Etats entre 150 et 200 milliards d’euros d’aides pour que le secteur survive.

La baisse d’Airbus et de Safran a aussi été très violente (-60%), les groupes fonctionnant avec les avances clients des compagnies aériennes. Airbus continue de réallouer des appareils entre compagnies et de livrer malgré annulations et reports. La plus grosse interrogation pour le secteur porte aujourd’hui sur Boeing, qui a appelé, mardi, à une aide de 60 milliards de dollars à destination de l’industrie aéronautique américaine pour que celle-ci puisse faire face à l’impact de l’épidémie.

 

Dans un krach comme celui-ci, il faut raisonner sur des tendances à long terme et réfléchir aux mutations profondes à venir de l’économie. En résumé il ne faut pas chercher à protéger son portefeuille à court terme, mais à le mettre dans les meilleures dispositions pour le rebond à venir :

– Chez WiseAM nous pensons que la crise du coronavirus va accélérer des tendances qui étaient en gestation dans nos sociétés que ce soit dans les domaines de la santé, de la sécurité sanitaire ou de la technologie.

– Chez WiseAM nous pensons que cette crise bien que temporaire va entrainer une prise de conscience profonde sur la vulnérabilité de certains pans de nos sociétés.

La Chine, la Corée du Sud, l’Italie maintenant nous envoient des signaux positifs sur la crise sanitaire. Les gouvernements et les banques centrales ont enfin agi de manière intense et déterminée pour stabiliser l’épidémie et l’économie. Les marchés ont « peut-être » fait un point bas la semaine dernière. Après plusieurs séances de capitulations avec des volumes importants, le CAC40 a rebondi sur les niveaux de 3.500/3.600 points ce qui représente peu ou prou l’actif net des entreprises le constituant (P / Book moyen = 1). La volatilité demeurera importante tant que le pic épidémique ne sera pas dépassé en Europe, ce qui devrait coïncider également avec l’entrée en confinement de tous les Etats Unis.

Ainsi plus que jamais, il nous semble important de se focaliser uniquement sur les sociétés les plus solides, en trésorerie nette positive, qui sortiront encore plus fortes de cette crise et de céder sur rebond les secteurs les plus fragiles et/ou qui seront durablement sous pression.

 

Achevé de rédiger le 25/03/2020
Crédits images : Gettyimages
Sources : WiseAM, Investing, Zonebourse, Investir et Bloomberg